Êè¿âñüêà Ðóñü: ³ñòîð³ÿ ³ êóëüòóðà
J.-P. Arrignon (Paris)
LA NAVIGATION SUR LA
«route des Varegues aux grecs»
Êîíñòàòèðóÿ òîò ôàêò, ÷òî ðóññêèå èñòîðè÷åñêèå è þðèäè÷åñêèå èñòî÷íèêè íå óïîìèíàþò òåðìèí «ìîíîêñèëû», òåðìèí, êîòîðûé èñïîëüçîâàëè âèçàíòèéöû äëÿ îáîçíà÷åíèÿ êîðàáëåé, íà êîòîðûõ ðóñè÷è âîåâàëè ïðîòèâ Êîíñòàíòèíîïîëÿ â Õ âåêå, ñîãëàñíî ñâîèì ëèíãâèñòè÷åñêèì è àðõåîëîãè÷åñêèì èññëåäîâàíèÿì, àâòîð ïîêàçûâàåò, ÷òî ðóñè÷è èñïîëüçóþò òåðìèí «ëàäüÿ» - ìîðñêèå ñóäà; òåðìèí, îòðàæàþùèé «ñêàíäèíàâñêèå êíåððèð», êîòîðûå âàðÿãè äîâåëè äî âûñêîãî òåõíè÷åñêîãî êëàññà.
Âèçàíòèéñêèå èñòîðèêè èñïîëüçóþò òåðìèí «ìîíîêñèëû» ïðè îïèñàíèè áèòâ ðóññè÷åé ïðîòèâ Êîíñòàíòèíîïîëÿ â Õ âåêå, îïèðàÿñü íà ñâåäåíèÿ VII âåêà, êîãäà ñëàâÿíå ïåðåñåêàëè Äóíàé íà ìîíîêñèëàõ.Parmi les textes les plus celebres rapportant la navigation sur les grands fleuves de l'Europe orientale, nous pouvons placer sans conteste les precieuses descriptions de la «route des Varegues aux Grecs» que nous ont livrees d'une part, l'empereur byzantin Constantin VII Porphyrogenete1 et d'autre part, la Chronique des Temps passes / Povest' vremennikh let2. C'est dans son livre De Tadministration de l'empire3 que le celebre empereur redigea pour la formation de son fils Romain (959-963) qu'il decrit au chapitre 9 la route fluviale qui relie Kiev a Constantinople sur laquelle se trouvent les fameux rapides du Bas Dnepr4. Il dresse la liste des villes qui s'echelonnent de Novgorod a Kiev et decrit les activites commerciales des Rus' a Constantinople. La Chronique russe5 nous donne bien, elle aussi, une precieuse description de cette voie fluviale, mais ce passage ne fait pas mention de bateaux. Pourtant, des bateaux6 sont mentionnes a maintes reprises dans la Chronique, a treize reprises sous le vocable korabl'7 et a trente-six reprises sous le vocable lod'ja8.
Pourtant, c'est un article du code de la Russkaja Pravda9 qui nous livre une interessante typologie des bateaux qui relient la mer Baltique a la mer Noire. Nous etudierons donc successivement les bateaux qui naviguaient sur les fleuves russes d'apres les sources ecrites ; puis nous examinerons les silences de l'archeologie ; enfin nous tirerons quelques conclusions concernant la navigation fluviale et maritime dans la Rus' des Xe - XIe siecles.I. Les bateaux dans les sources ecrites
«Les monoxyles qui arrivent a Constantinople de la Rus' exterieure10 viennent de Nemogardas
- Novgorod [...]. Tous descendent le Danapris - Dnepr et se rassemblent a la forteresse de Kioaba
- Kiev appelee aussi Sambatas / Kiev [...]. Les tributaires slaves [.] et les autres creusent pendant l'hiver les monoxyles dans leurs montagnes et quand ils les ont appretes, au printemps lorsque la glace fond, ils les portent jusqu'au lac voisin. Puis, comme ces lacs debouchent dans le Danapris, ils passent directement de la dans ce fleuve, le descendent jusqu'a Kioaba, tirent les bateaux sur la rive pour achever de les preparer et les vendent aux Rhos. Les Rhos n'achetent que les troncs creuses et retirent de leurs vieux bateaux, les rames, les tolets et autres accessoires pour en equiper les nouveaux. En juin, apres avoir navigue sur le Danapris, ils arrivent a Vitetzebe / Viticev [...]. Apres avoir attendu la deux ou trois jours que tous les bateaux arrivent, ils se remettent en route et descendent le Danapris. Ils atteignent [les rapides]. Alors, ils poussent les bateaux avec des gaffes, les uns a la proue, les autres au milieu, les derniers a la poupe. Arrives [au 4e rapide appele pelican], ils amarrent tous les bateaux, la proue tournee vers la terre...[Ils] transportent les marchandises qu'ils ont retirees des monoxyles[...], puis, les uns trainant les monoxyles, les autres les portant sur leurs epaules, ils parviennent de l'autre cote du rapide; la, ils les remettent a l'eau, chargent les marchandises, y montent eux-memes et poursuivent leur voyage»11.
L'empereur byzantin Constantin VII nous donne la une exceptionnelle description de la navigation fluviale sur la «route grecque»12 nom sous lequel on designe habituellement la route du Bas-Dnepr, de Kiev a la ville portuaire d'Olesa od commence la route maritime. Le bateau qui semble parfaitement adapte a cette navigation fluviale et aux contraintes et dangers que presentent les rapides13, est le monoxyle14. Pourtant, la forme russe de ce vocable, odnodrevyi n'apparait que sous la forme adjective et tardivement en 158515. Est-ce a dire que les Russes n'avaient pas de termes pour designer leurs navires ? Certes pas, puisque la Chronique d'une part et la Russkaja Pravda de l'autre nous ont livre non seulement des vocables mais aussi une typologie des bateaux. Il convient donc de comparer les donnees de nos textes byzantins et russes.
Si l'on en croit notre empereur byzantin, le monoxyle est un bateau creuse dans un seul tronc d'arbre que les sources byzantines presentent comme une technique caracteristique des Slaves d'abord16, puis des Russes. Ainsi, Kedrenos17 nous rapporte qu'en 971, les Rus' assiegent la ville de Silistrie sur des monoxyles; Skylitzes est encore plus explicite lorsqu'il decrit la derniere attaque russe contre Constantinople en 104318. Les assaillants sont en effet arrives sur des bateaux de fabrication locale que l'on appelle des monoxyles19, ce que confirme M. Psellos20 pour la meme expedition. Ainsi, si l'on en croit les sources byzantines, les monoxyles sont bien des bateaux creuses dans un seul tronc d'arbres. Ces arbres, les Slaves les abattent et les creusent dans leurs montagnes, puis, ils les descendent par les fleuves et les lacs jusqu'au Dnepr od ils achevent de les preparer et les vendent aux Rhos. Notons que ces derniers n'achetent que les coques creusees d'od le nom de skaphidia2 qui leur est donne. Puis, ils les equipent eux-memes de tolets, de rames et «d'autres accessoires», probablement des mats recuperes de leurs vieux bateaux.
Tels sont les bateaux que les Byzantins ont pu voir a loisir dans les differents ports de Constantinople. Ils sont si particuliers qu'ils caracterisent les Rus'.Les bateaux qu'utilisent les Rus' sont designes dans les sources russes par deux termes particuliers, lod'i et korabli dont il faut saisir le sens. Le premier designe plutot un bateau a rames22 mais aussi a voile, dont existent differents types selon les particularites de leur construction, leur destination, leur greement, le nombre de rames. Ce sont des bateaux qui naviguent sur les fleuves et lacs de la Rus' septentrionale, mais aussi franchissent la Baltique. Il est particulierement interessant de souligner que le vocable vieux-russe a donne en moyen - allemand le terme loddie, loddige23 qui designe un bateau de transport, terme que l'on retrouve aussi en Danois, Suedois et Norvegien. Il ne s'agit evidemment pas de monoxyles, mais bien de bateaux a clins, capables de transporte hommes et marchandises et en mesure d'affronter la mer. C'est d'ailleurs sur des lod'i que le prince Igor parvint a s'enfuir apres son echec devant Constantinople en 94124. Pourtant, il est particulierement interessant de remarquer que ces memes guerriers russes etaient arrives sous les murs de la capitale byzantine sur 10 000 bateaux / skedij25. Ce terme vient du grec σκεδίη, σχεδία et designe un bateau leger. Ainsi, les lodij et skedij sont des bateaux legers identiques, au point que pour les designer, l'auteur de la Chronique peut indifferemment employe l'un ou l'autre terme. Ces navires sont en outre parfaitement semblables aux batiments legers byzantins26 du meme nom. Il ne s'agit pas de monoxyles, dont la technique de construction etait inusitee dans l'empire romain d'Orient, mais tres surement de navires a bordage de clins.
Le terme le plus souvent usite dans la Chronique reste le vocable korabl'27, probablement emprunte au grec καράβιον / κάραβιος qui est un terme generique pour designer le bateau.
Il est impossible, a partir de ce vocable, de preciser la typologie des bateaux utilises. Ainsi, sous l’annee 907, le prince Oleg se met en route avec sa cavalerie et ses bateaux au nombre de 200028. Ces grands nombres de bateaux peuvent naturellement inciter a voir en ces bateaux des monoxyles, bateaux legers dont la faible capacite exigeait d’etre compensee par le nombre. Dans le traite qui suit, un article concerne les bateaux jetes sur une cote etrangere par un vent violent, et prevoit que si un Rus’ se trouve a proximite, le bateau et sa cargaison seront ravitailles et ramenes en territoire chretien. Or, le terme employe est lod’ja29. Il s’agit bien de bateaux de commerce a clins et non des monoxyles.La Russkaja Pravda nous fournit heureusement une typologie precieuse des bateaux naviguant sur les fleuves russes. Quatre types de bateaux sont presentes: le bateau de haute mer30, le bateau de haut bord31, le canot32, enfin, la peniche33. Cet article de la Russkaja Pravda est evidemment essentiel. Il prouve sans conteste l’existence de bateaux de mer designes par le seul vocable de lod’ja dont deux types sont parfaitement caracterises. Le bateau de haute mer ou d’outre-mer34 et le bateau de haut bord. C’est donc bien sur des bateaux de mer, des lod’ja, qu’Igor a pu regagner son pays apres son echec de 941 sous les murs de Constantinople et non sur des monoxyles. Que pouvaient etre ces bateaux de mer aux Xe et XIe siecles? Il faut rappeler que l’influence varegue est alors forte en Rus’. Or le bateau qui a permis l’expansion des Varegues a l’Est comme celle des Vikings35 a l’Ouest, est le knorr, ce voilier de haute mer rapide et sur qui fut le «roi des mers» septentrionales entre les IXe - XIe siecles36. C’est probablement un bateau de ce type que recouvre l’expression «bateau de haute mer».
Si nous considerons les bateaux de haut bord / naboinitsi, les textes du XVIe siecle les decrivent comme des bateaux creuses dans des troncs de tremble dont les francs bords sont constitues de planches disposees a clins37.
Ce sont des bateaux assez lourds capables de transporter des cargaisons de 8 a 10 tonnes. Le vol de ces bateaux est puni de lourdes amendes38: trois livres pour le bateau de haute mer et deux livres pour les bateaux de haut bord. A cote de ces bateaux de mer, il existaient des bateaux fluviaux, plus petit, pour le vol desquels l’amende est plus reduite, 20 martres pour un canot / celn et une livre pour une peniche / strug. Que recouvre exactement ces termes.Le vocable celn designe un type de bateau fluvial, du genre canot, c’est a dire une forme creuse allongee comme l’explicite le second sens du mot donne par Sreznevskij: coupe en forme de carene dans laquelle on servait a boire39; Quant a Dahl, il decrit le coln comme un petit bateau creuse dans un tronc d’arbre40 a usage fluvial. Nous serions peut-etre la en presence du monoxyle. L’autre bateau fluvial mentionne par le Code russe est le strug / peniche qui designe un bateau fluvial a rames et a voile ou bien un bateau effile capable d’accueillir, au plus, trois hommes41. Ainsi, l’etude du vocabulaire juridique eclaire sensiblement notre connaissance des bateaux qui parcouraient la «route des Varegues aux Grecs» et reliaient par consequent, la Baltique a la mer Noire. La distinction est claire entre navigation maritime qui s’effectue sur des navires appeles lod’ja et la navigation fluviale sur des bateaux plus petits de denomination particuliere. Ce point nous semble d’ailleurs digne d’etre releve. Pour la navigation fluviale, les sources portent des vocables specifiques, car la construction met en reuvre des techniques locales bien maιtrisees, alors que pour la navigation maritime, les sources recourent a un terme generique modifie par des formes adjectives, soulignant ainsi l’emprunt a d’autres traditions. Il convient maintenant de confronter les apports des sources ecrites avec les donnees de l’archeologie.
II. Les donnees archeologiqu.es.
En depit du grand developpement des recherches archeologiques dans l’ancienne Union sovietique et poursuivi dans les etats issus de sa decomposition, les decouvertes archeologiques en matiere de navigation fluviale et maritime restent peu nombreuses comme cela ressort de l’examen des volumes de la grande collection dite ArkheologijaSSSR, qui, heureusement continue de nos jours. Ainsi, dans le chapitre consacre au travail du bois42, il est souligne que le principal materiau dans la Rus’ ancienne est le bois. Les habitats et les fortifications urbaines, les bateaux et les traιneaux, les paves des rues et les conduites d’eau, de nombreux outils de travail, la vaisselle et les meubles, les ustensiles de menage et les jouets des enfants, tout est fait a partir du bois. Les fouilles des dernieres decennies, notamment dans la region de Novgorod, ont livre d’abondantes trouvailles en bois. Les especes les plus utilisees notamment pour la construction des navires sont le pin et le sapin, deux especes dans lesquelles il est impossible de creuser un monoxyle, tant le diametre des troncs des arbres de ces especes est reduit. Plus interessant encore, ce chapitre, si remarquablement illustre43, ne comporte aucune planche presentant les outils des charpentiers navals. Un seul outil, le teslo / herminette44 et decrit comme utile pour ces derniers. Uarcheologie semble ignorer la production des chantiers navals. Nous n’avons pas pour la Rus’ de Kiev de description de chantiers de construction navale semblable a celle que nous avons pour le monde scandinave45, pas plus que nous n’avons decouvert des bateaux-tombes.
Le guerrier russe est lui aussi toujours presente comme un fantassin ou un cavalier, mais jamais comme un marin. Les miniatures, certes des XIVe et XVIe siecles, choisies pour illustrer le chapitre concernant Tequipement militaire du guerrier russe, ne montrent que des cavaliers et une seule, des fantassins46. Pourtant, lorsque Nicephore Phocas se prepare a la reconquete de la Crete (959-961), il s’assure l’appui de fantassins et de marins russes47; les grandes expeditions guerrieres contre Constantinople, conduites par les princes russes tout au long du Xe siecle et jusqu’en 1043, sont bien des expeditions terrestres et maritimes. Ces troupes se presentent sous les murs de Constantinople sur des bateaux et ce sont sur ces memes bateaux qu’ils se rembarquent apres leur echec; Or ces bateaux, transports de troupes, ne peuvent etre des monoxyles comme le pretendent les sources byzantines, car ces navires ne sont pas en mesure d’affronter la mer Noire. Quels pouvaient etre ces navires dont Tarcheologie sovietique et russe n’a pas trouve trace et qui pourtant ont existe?
Un element de reponse se trouve tres probablement dans l’examen de Tactivite commerciale a travers la Rus’ de Kiev. Uetude des etablissements scandinaves et des ensembles de kourganes / tumuli decouverts autour du lac Ladoga et dans les regions de Smolensk et Jaroslavl', permet d’etablir que les premiers contacts entre les Normands et les tribus slaves de l’Est se situent au milieu du IXe siecle. Mais c’est entre les Xe et XIe siecles que les bateaux marchands varegues parcouraient regulierement la Rus’; D’ailleurs, a Novgorod, les marchands varegues disposaient de Teglise Saint- Olaf et les Russes disposaient d’une eglise a Sigtun48. Il semble bien ressortir de ces etudes que la navigation fluviale tant sur le Dnepr que sur la Volga etait l’apanage des Varegues et leurs bateaux. Les Slaves, quant a eux, limitaient leur circulation fluviale a des activites de transbordement des marchandises d’une rive a l’autre ou a une circulation a faible rayon d’action. Les bateaux marchands qui naviguent aux Xe-XIe siecles sur les fleuves russes etaient bien des bateaux varegues, fabriques a clins par des charpentiers navals itinerants49.
Ces bateaux, ou du moins, une partie d’entre eux, descendent la celebre «route des Varegues aux Grecs». Parvenus a l’embouchure du Dnepr, ils se regroupent dans la ville portuaire d’Olesa d’ofi, par la route maritime jusqu’a Constantinople, la caravane maritime longe la cote bulgare de la mer Noire et s’arrete dans les principaux centres portuaires a l’embouchure du Danube, a Constantza, Varna, Mesembria. C’est la, dans cette derniere ville-forteresse, que les bateaux russes50etaient pris en escorte par des bateaux byzantins qui les amenaient avec leurs marchandises a proximite du monastere de Saint-Mammas, sur la rive nord-est de la Corne d’Or. Ces bateaux russes sont evidemment ceux qui sont cites dans les traites de commerce russo-byzantins du Xe siecle. Or, le traite de 912 stipule que « si un bateau / lod’a est drosse par un vent puissant a une cote etrangere et qu’un des notres, russes, se trouve a proximite, le bateau / lodiju sera ravitaille et conduit avec sa cargaison en terre chretienne »51. Comme l’explicite le vocable employe, il s’agit d’un bateau de haute mer a propulsion a voile, tres probablement de type varegue des knerrir, ces fleurons du savoir nautique scandinave. Pourtant le traite de 944 fait allusion a des bateaux russes qualifies de korabl52 au debut du texte, puis de lod’am’ dans le corps du traite. Ce changement de vocables est particulierement interessant dans la mesure ofi nous savons que les traites furent traduits du grec en vieux-russe. Le traducteur du texte, au debut de son travail a calque sa traduction sur l’original grec qui employait le terme generique grec καράβιον, κάραβιος qu’il a naturellement rendu par korabl', mais, dans le cours du texte, il retrouve ses automatismes de traducteur et emploie le terme habituel vieux-russe de lod'ja pour designer le bateau de haute mer. Ce detail prouve a notre sens que le traducteur etait un lettre russe bilingue, un kniznik53.
Comme nous le voyons, Tarcheologie ne nous a pas encore fourni des decouvertes de civilisation materielle capables de nous donner des indications precises sur les techniques navales maιtrisees par les Slaves de l’Est. Toutefois, il convient de se garder d’en tirer des conclusions definitives concernant l’absence d’un artisanat naval chez les Slaves de l’Est. En effet, nous savons que la construction navale des Varegues n’exigeait pas d’infrastructure developpee et que le chantier naval etait une structure provisoire, occasionnelle ; en outre, les chantiers de fouilles encore nombreux a ouvrir peuvent a tout moment nous livrer d’importants renseignements susceptibles de modifier nos conclusions. Toutefois, dans l’etat present de notre documentation, il faut admettre que les Scandinaves maιtrisaient a tel point les techniques navales et produisaient des navires si parfaitement adaptes aux expeditions navales et au commerce lointain, que les Slaves de l’Est n’ont pas cherche a rivaliser avec les maιtres scandinaves itinerants capables de produire de tels chefs d’reuvre. En revanche, les Slaves de l’Est pouvaient exprimer leurs competences dans la construction de bateaux fluviaux indispensables pour desservir les villages etablis tres nombreux sur les rives des fleuves, des rivieres et des lacs.
III. Pourquoi les Byzantins identifient-ils les monoxyles aux Russes ?
Tous les historiens ont ete confrontes aux donnees unanimes des sources byzantines qui identifient les Russes par l’usage des monoxyles. Une remarque s’impose toutefois. En effet, nous savons que les historiens byzantins ont l’habitude de designer les peuples barbares en leur donnant des noms antiques: Ainsi, les Slaves sont souvent appeles Antes et Venetes, entre autres54. C’est dans la meme logique que nous pensons devoir analyser la reference aux monoxyles. Les Byzantins en effet ont decouvert les Slaves lors des pressions qu’ils exercerent sur le Danube a la fin du regne de l’empereur Justinien (527-565). Puis, sous la conduite des Avars, en 581, des multitudes de Slaves franchissent le Danube sur de petits bateaux creuses dans un seul tronc d’arbre, les monoxyles dont la fragilite, mais aussi la rapidite et la maniabilite ont fortement impressionne les militaires byzantins en charge de la garde du limes danubien. Pendant quatre ans, ces Slaves submergent toute la Grece, toute la region de Thessalonique et toute la Thrace comme le rapporte Thistorien syriaque Jean d’Ephese55. C’est aussi sur ces bateaux monoxyles qu’au cours du VIIe siecle, les Byzantins ont vu ces Slaves occuper les fonds des vallees de la Peninsule balkanique ofi ils etablirent leurs fameuses sklavinies56. Des lors, il est facile de comprendre pourquoi les historiens byzantins se trouvent si attaches a associer desormais les monoxyles aux Rus' a la suite de toutes les attaques menees par ces derniers au cours des Xe et XIe siecles. Comme ils en avaient l’habitude, ils decrivaient leurs ennemis non en s’attachant a les decrire tels qu’ils pouvaient les observer dans leurs pratiques militaires et leurs armements, mais, au contraire, en continuant de vehiculer les traits specifiques et stereotypes, les topoi, par lesquels les milieux cultives les identifiaient. Les Slaves ont fait irruption dans l’empire au cours du VIe siecle. Ils ont alors, et ce pendant un siecle, franchi le Danube sur leurs monoxyles, ces bateaux parfaitement adaptes a la traversee des fleuves d’une rive a l’autre57. Des lors pour les lettres byzantins, les Slaves et les Rus' sont associes aux monoxyles, a ces bateaux legers, parfaitement adaptes a la navigation fluviale dont la manreuvrabilite a ete parfaitement soulignee par Liutprand de Cremone58. Or, ce trait caracteristique des bateaux russes est confirme lors des expeditions de 860, 911, 941, 971 et 1043 de sorte que le terme monoxyle toujours utilise par nos historiens byzantins ne designe plus un type de bateaux, mais bien une caracteristique de ceux-ci, la manreuvrabilite qui est egalement un trait caracteristique du knorr scandinave, bien mieux adapte a la navigation fluviale et maritime que ne pouvait l’etre le monoxyle.
Parvenu au terme de note demarche, nous avons pu noter que les sources russes tant historiques comme la Chronique des Temps passes que juridiques, la russkaja Pravda ne connaissent pas le terme monoxyle. Il semble donc bien difficile, en s’appuyant sur les seules et unanimes affirmations des historiens byzantins de continuer a affirmer que les Rus' qui se presenterent sous les murs de Constantinople tout au long des Xe et XIe siecles, tant pour y conduire des expeditions militaires que les caravanes annuelles de marchands, naviguaient sur des monoxyles. Les sources russes differencient clairement les bateaux de haute mer designes par Tappellation generique de lod'ja, des bateaux fluviaux denommes eux aussi par des termes specifiques. Certes, il reste toujours difficile, voire problematique, de deduire d’un vocable, une typologie de navires. Neanmoins, il nous semble impossible d'ecarter Tinfluence de la navigation scandinave sur les Rus' des Xe et XIe siecles parmi lesquels les Varegues constituent Telement economique, politique et militaire dominant. Des lors, il nous semble raisonnable de considerer que le bateau designe par le terme de lodja, est bien le knorr scandinave qui avait atteint en ces siecles son apogee technique et etait bien le « roi des mers » dont la construction, si Ton en croit les sagas scandinaves59, etait engagee au debut de l’hiver pour s’achever a la fin du printemps pour prendre la mer, ce que confirme par ailleurs Constantin VII Porphyrogenete. C’est donc tres probablement sur des bateaux scandinaves, probablement des knerrir que les Rus' de Kiev ont mene leurs grandes expeditions maritimes contre Constantinople entre 911 et 1043 ainsi que leurs voyages annuels vers leurs entrepots de Saint-Mammas, afin d’obtenir la confirmation et le renouvellement des traites de commerce conclus generalement pour une duree de 30 ans60 avec Tempire romain d’Orient lesquels traites assuraient tant aux princes qu’aux marchands des villes russes d’importants revenus.
1 Constantin VII Porphyrogenete, ne en 905, accede au pouvoir en 913, mais n’exerce la realite du pouvoir qu’a partir de 945. Il meurt en 959, cf. A. Ducellier, s.d., Byzance et le monde orthodoxe, Paris, A. Colin, 1997, p. 226-227 [col. U, 216] et S. Daskov, Imperatory Vizantii / Les empereurs byzantins, Moscou, 1996, p. 179-182.
2 La Chronique des Temps passes dite aussi Chronique de Nestor, du nom de ce moine du monastere des Grottes qui vecut dans la seconde moitie du X1e siecle, est une compilation du debut du XIIe siecle attestee par deux versions, l’une dite laurentienne du nom du moine Laurent qui en fit une copie en 1377, l’autre dite hypatienne, cf. A. Berelowitch, M. Cazacu, P. Gonneau, Histoire des Slaves orientaux des origines a 1689, ss. dir. de V. Vodoff, Bibliographie des sources traduites en langues occidentales, Paris, CNRS. Editions, 1998, p. 25-26, notice 10. Les citations sont faites d’apres la Povest’ vremennykh let / Chronique des Temps passes, texte prepare par O.V. Tvorogov, traduit par D.S. Likhacev, Pamjatniki literatury Drevnej Rusi. Nacalo russkoj literatury. XI-nacaloXII veka / Monuments de litterature de l’ancienne Rus’, le debut de la litterature russe X1e - debut XIIe siecles, Moscou, 1978, p. 22-276 [infra sous le sigle PVL] et The Russian Primary Chronicle : Laurentian Text, ed. et trad. S.H. Cross, O.P., Sherbowitz-Wetzor, Cambridge (Mass.), 1953 [The Mediaeval Academy ofAmerica,60], [infrasous le sigleRPC.]. Notonsqu’il existeuneversionfranςaise de cettechronique : L. Leger, Chronique dite de Nestor, traduite sur le texte slavon-russe, Paris, 1884, reimp. 1973.
3 Constantin VIIPorphyrogenete, De administrando imperio, I, Greek text ed. by Gy Moravcsik. Engl. Transl. By R.J.H. Jenkins, ed. New, re. Ed. Washington, D.C., Dumbarton Oaks Center for Byzantine Studies, 1967, IX, p. 56-63 [Corpus fontium historiae Byzantinae, I et II], Commentary, ed. By R.J.H. Jenkins, Londres, Athlone Press, 1962, X, p. 16-61. KonstantinBagrjanorodnyj, Ob upravlenii imperiej. Text, perevod, Kommentarij / Constantin Porphyrogenete, De Administrando Imperio, Texte traduction et commentaire, G.G. Litavrin, A.P. Novoseltsev, Moscou, 1991, [Drevnejsie istocniki po istorii narodov SSSR. / Les sources les plus anciennes pour l’histoire des peuples de l’URSS., 1989].
4 Nous utiliserons la traduction franςaise de ce passage cite par M. Laran et J. Saussay, La Russie ancienne IXe-XVIIe siecles, Paris, Masson, 1975, p. 28-34 [Collection des Documents pour l’Histoire des civilisations].
5 M. Laran et J. Saussay, op. cit., 29-30 ; PVL., p. 26 et RPC., p. 53.
6 A.S. L'vov, Leksika “Povesti vremennykh let” / Lexique de la « Chronique des Temps passes », Moscou, Nauka, 1975, p. 277.
7 O.V. Tvorogov, Leksiceskij sostav « Povest’ vremennykh let » / La composition lexicale de la « Chronique des Temps passes », Kiev, 1984, p. 71.
8 O.V. Tvorogov, op. cit., p. 76.
9M. Szeftel, A. Eck, Documents de droit public relatifs a la Russie medievale, Bruxelles, 1963, art. 71, p. 86. VL. Janin, ZakonodateEstvo Drevnej Rusi / La legislation de l’ancienne Rus’, Moscou, 1984, art. 79, p. 70, [Rossijskoe zakonodatel’stvo X-XX vekov / La legislation russe Xe -XXe siecles, I]. A.A. Zimin, Pravda Russkaja/ La Justice russe, Moscou, « drevlekhranilisce », 1999, 423 p. Une des meilleures etudes de ce Code ; art. 79, p. 375.
10 DAI., II, p. 25-26 et J.-P. Arrignon et J.F. Duneau, « La frontiere chez deux auteurs byzantins : Procope de Cesaree et Constantin VII Porphyrogenete », Geographica byzantina, Paris, 1981, p. 17-30 [Publication de la Sorbonne, Byzantina Sorbonensia-3]
11 DAI., I, p. 56-62.
12 B. A., Kolcin, Drevnaja Rus', gorod, zamok, selo / La Rus' ancienne, ville, chateau, village, Moscou, 1985, p. 395 [Arkheologija SSSR.].
13 DAI. II, p. 39 etM. Laran et J. Saussay, op. cit. p. 32.
14 DAI., II, p. 23-25.
15 I.I. Sreznevskij, Materialy dlja drevnerusskogo jazyka / Materiaux pour un dictionnaire de la langue russe ancienne, II, Saint Petersbourg, 1895, col. 619. Toutefois, la forme nominale odnoderevka apparait en 1592 cf. Slovar' russkogo jazyka XI-XVII vv. / Dictionnaire de la langue russe XIe - XVIIe s., Moscou, 1987, t. 12, p. 286-287.
16 En 448, lors du voyage que Priscius fit a la cour du roi des Huns, Attila, il decrit la flotte qu'il voit comme etant formee de τοϊς μονοζύλοις πλοίοις, Excerpta de Legationibus, ed. de Boor, 131/8. En 614-615, lors de l'attaque de Thessalonique par les Slaves, ils sont arrives εκ μονοδένδρον γλυπτας νηας, Migne, P.G., 116, col. 1325 ; enfin, lors de l'attaque avaro-slave sur Constantinople en 626, le patriarche Nicephore I, Opuscula historica, ed. de Boor, Teubner, 1880, p. 18/10, presente les assaillants arrivant sur des τοϊς μονοζύλοις ακατίοις.
17 Kedrenos, Chronica, ed. Bekker, vol. 2, p. 402, 20-3.
18 A. Poppe, « La derniere expedition russe contre Constantinople » Byzantinoslavica, 32, 1971, p. 129 et 233-268 ; et J.-P. Arrignon, « Les relations entre Byzance et la Russie de 860 a 1043 » Revue des Etudes slaves, 1983, LV/1, p. 130-137.
19 Πλοίοις εγχωρίοις τοϊς λεγομένοις μονοζύλοις, Jean Skylitzes, Synopsis historiarum, Editio princeps, rec. H.I. Thurn, Berlin, New York, de Gruyter, 1973, LVI, p. 551, 14-15 [Corpus Fontium Histiriae byzantinae, 5. series Berolinensis].
20 M. Psellos, Chronograohie ou Histoire d'un siecle de Byzance, 976-1077, texte etabli et traduit par E. Renauld, t. 2, Paris, Les Belles Lettres, 1928, 9/16-17 [Collection byzantine].
21 Ce terme provient de σκαφή, tout corps creuse, de la, canot, barque, cf. A. Bailly, Dictionnaire Grec - Franςais, Paris, Hachette, 1950, p. 1755.
22 Slovar' russkogo jazyka XI-XVII vv. / Dictionnaire de la langue russe XIe-XVIIe s., p. 271.
23 M. Vassmer, Etimologiceskij slovar' russkogo jazyka / Dictionnaire etymologique de la langue russe, Moscou, 1986, t II, p. 510.
24 PVL., s.a. 6449/941, p. 58 na noc' vl'zosa v lod'i i otv'gosa / Ils embarquerent de nuit sur leurs bateaux et s'enfuirent, RPC., p. 72.
25 PVL., s.a., 6449/941, p. 58 jako idut' Rus' na Cargrad' sk'dij 10 tysjasc'/ Les Russes se dirigent sur Constantinople sur 10 000 bateaux, RPC, p. 72 ;M. Vassmer, op. cit., t. III, p. 637-638.
26 H. Ahrweiler, Byzance et la mer. La marine de guerre, la politique et les institutions maritimes de Byzance aux VIIe - XVe siecles, Paris, 1966.
27 M. Vassmer, op. cit., t. II, p. 321-322.
28 PVL, s.a., 6415/907, p. 44 et RPC., p. 64 I s' simi so vs'mi poide Oleg' na konekh i na korablekh i v' cislom' korablej 2000 / Oleg avec tous ses hommes se mit en marche avec sa cavalerie et ses bateaux au nombre de 2000.
29 PVL., s.a., 6420 / 912, p. 48 et RPC., p. 67.
30 VL. Janin, Zakonodatel'stvo drevnej Rusi/ La legislation de l'ancienne Rus', t. I, p. 70 art. 79, a morskuju lod'ju 3 grivny/ Pour un bateau de haute mer 3 livres (d'amende). M. Szeftel et A. Eck, Documents de droit public, p. 86 art. 71.
31 Naboinuju lod'ju 2 grivny/ Le bateau de haut bord 2 grivnas (d'amende).
32 Za celn 20 kun / Pour un canot 20 martres.
33 A za Strug, grivna / Pour une peniche une livre.
34 Si l'on retient une des variantes d'un manuscritM. Szeftel et A. Eck, op. cit., p. 86, art. 71*(b)
35 F. Durand, Les Vikings et la mer, Paris, Errance, 1996.
36 P Mercier, Le phenomene viking et la mer a travers les sagas scandinaves, Memoire de maitrise, Universite du Littoral, Boulogne/mer, 1999, p. 124-141. Ce travail de tres grande qualite m'a ete fort utile et m'a fourni en outre une tres precieuse bibliographie.
37 Slovar' russkogo jazyka, XI-XVII vv. / Dictionnaire de la langue russe 11e-17e siecles, t. 10, p. 21.
38 J.-P. Arrignon, « La justice de proximite dans la Rus' premongole », Le reglement des conflits au Moyen Age. Actes du XXXIe Congres de la SHMESP. (Angers), 2000, Paris, Publications de la Sorbonne, 2001, p. 221-236.
39 I.I. Sreznevskij, op. cit., t. III, col. 1487-1488. le mot designe une coupe / kubok, bratina v' vide Celna.
40 V. Dahl, op. cit., t 4, col. 1356, Iodocka odnoderevka.
41 V Dahl, op. cit., t. 4, col. 585-2.
42 B.A. Kolcin, Drevnjaja Rus', p. 254-260.
43 Id., pl. 97 a 100.
44 Id. p. 256 et pl. 98, fig. 3, 4 et 10.
45 F. Durand, Les Vikings et la mer, p. 38-47 ; O. Crumlin-Pedersen et M. Vinner, « le projet Roar Ege - reconstitution et experimentation d'un caboteur viking », Le Chasse-Maree, n° 30, 1987, p. 19-45 et P Mercier, le phenomene viking, p. 130-138.
46 B. A. Kolcin, op. cit., pl. 149, p. 363.
47 G. Schlumberger, Un empereur byzantin au Xe siecle, Nicephore Phocas, Paris, 1890, p. 46-67. et
J.-P. Arrignon, « Les relations internationales de la Russie kievienne au milieu du Xe s. et le bapteme de la princesse Olga », Occident et Orient au Xe siecle Paris, Les Belles Lettres, p. 177-178 [Publication de l'Universite de Dijon, LVII]
48 B.A. Kolcin, op. cit., p. 391.
49 P Mercier, op. cit., p. 140.
50 B. A. Kolcin, op. cit., p. 395, qualifie les bateaux russes de monoxyles : russkie lad'i - monoksily!
51 PVL., s.a., 6420 / 912, p. 48 et RPC., p. 67.
52 PVL., s.a., 6453 / 945, p. 62 et RPC., p. 74.
53 J.-P. Arrignon, « Le livre dans la Rus' de Kiev, XIe-XIIIe siecles », Finances, pouvoirs et memoires, Hommage a Jean Favier, Paris, Fayard, 1999, p. 714-725.
54 D. Obolensky, The Byzantine Commonwealth, Eastern Europe, 500-1453, Londres, Weidenfeld and Nicholson, 1971, p. 42-68 [History of Civilisation].
55 Id., p. 51.
56 P Lemerle, « Invasions et migrations dans les Balkans depuis la fin de l'epoque romaine jusqu'au VIIIe siecle », Revue Historique, 211, 1954, p. 265-308.
57 E. Rieth, Des bateaux et des fleuves, archeologie de la batellerie du Neolithique aux Temps Modernes en France, Paris, Errance, p. 61-97.
58 Liutprand de Cremone, Antapodosis, V, 15, ed. J. Bekker, MGH. In usum scholarum, Hanovre, Leipzig, 1915, p. 138; S. Franklin et J. Shepard, The Emergence of Rus', p. 114. Une traduction franςaise du livre VI a ete faite par Joel Schnapp, Ambassades a Byzance, Toulouse, Anacharsis, 2004, 104 p.
59 R. Boyer, Les sagas islandaises, Paris, Gallimard, 2e ed., 1991 [Bibliotheque de la Pleiade]
60 S.M. Kastanov, « O procedure zakljucenija dogovorov mezdu Vizantiej i Rus'uju v X v. » / La procedure de conclusion des traites entre Byzance et la Russie au Xe s., Feodal'naja Possija bo vsemirno- istoriceskom processe, Moscou, 1972, p. 209-215. [Travail essentiel]. I. Sorlin, « Les traites de Byzance avec la Russie au Xe s. », ( I et II), Cahiers du monde russe et sovietique, 2, 1961, p. 313-360 et 447-475.